Je ne me résous pas à l’éphémère,
J’ai beau en parler et arborer fièrement ce statut d’artiste de l’éphémère, je ne l’assume pas au final. Je crée des œuvres éphémères qui se perdent et s’effacent, mais j’en garde trace. Des photos, et au-delà de cet acte, il y a ce blog dont la trace perdurera certainement plus que les images papier que je pourrais en tirer. À quoi bon clamer haut et fort que je fais de l’art éphémère si c’est pour contourner cet écueil par des moyens qui, mêmes s’ils sont évident n’en sont pas moins antinomiques avec l’esprit des œuvres. Autant faire mon coming-out artistique et assumer :
Non je n’aime pas l’éphémère. Il me fait peur. Peut-être apprivoiserais-je un jour l’idée de la finitude, mais à l’heure actuelle elle m’effraie trop.
Je ne fais que capter l’éphémère mais ce n’est que pour en montrer l’absurdité. Du moins c’est ce que j’en pense aujourd’hui. Je sais qu’il faut l’accepter mais rare sont ceux qui y parviennent.
Les vrais artistes qui assument cette notion d’éphémère de leur travaux, on ne les voit pas dans les galeries d’art ou sur Internet. Ils arrivent à vivre sans se montrer et en acceptant l’idée que leurs œuvres ne seront peut-être jamais vu que par eux-mêmes.
Et maintenant ?
C’est bien beau d’affirmer ça, mais qu’est ce que cela dit de mes travaux ?
Et bien que j’essaie d’exprimer et de montrer ma peur de l’éphémère par une tentative effrénée de laisser les traces les plus longues possible de ce que je fais, de ce que je suis. C’est la mélancolie qui s’exprime.
Ou la la que c’est triste tout ça !
Non, c’est joyeux au contraire !
C’est la capacité à s’émerveiller toujours plus et toujours plus longtemps avant que l’éphémère ne nous rattrape. L’envie d’en profiter et d’en faire profiter les autres au delà de ce que je suis.
Voilà, ça c’est dit, maintenant on continue dans la joie et la bonne humeur !





27 Comments:
Très sain, très touchant, très joyeux... et magnifiquement illustré.
Très joyeux car on sent que cette prise de conscience te décharge d'un poids...
En ce qui me concerne, je trouve dans l'éphémère une liberté fabuleuse. J'assume totalement le fait de faire des trucs que personne ne verra, mais cela ne fait pas pour autant de moi un "vrai artiste".
"Ils arrivent à vivre sans se montrer et en acceptant l’idée que leurs œuvres ne seront peut-être jamais vu que par eux-mêmes."
Il n'y a rien à "accepter" pour ça. Par défaut, on peut vivre sans se montrer, d'autant que ne pas se montrer ne signifie pas pour autant se cacher.
Pour moi, je considérerais plutôt que pour être un artiste, il faut, par définition, "accepter" de montrer ce qu'on fait.
Pour ce qui est des traces que tu laisses sur le net, elles finiront par se noyer dans la masse des informations qui s'y accumulent, exactement comme les grains de sable balayés par le vent sur la plage qui ne disparaîtront jamais vraiment non plus.
Et rien ne dit que les archéologues d'un lointain futur ne tomberont pas sur le contenu de mes disques durs plutôt que sur les images de ton blog.
merci Franck :
pour une fois je savais que ce que j'allais dire allais virer dans le patos et que, possiblement, j'allais encore me faire chambrer ou bien qu'on allait me dire qu'une fois de plus je balance de grands discours très convenus. Je suis sincère et c'est peu-être cela qui me sauve.
Pour te répondre je pense que pour quelqu'un pour qui cela est naturel, effectivement il n'y arien à accepter. mais pour un tas d'autres personnes comme moi, "accepter sa finitude" est un douloureux problème. Effectivement, l'accepter ou non ne changera rien aux choses :
« La rose est sans pourquoi,
elle fleurit parce qu'elle fleurit,
elle ne se soucie pas d'elle-même,
elle ne se demande pas si on la voit. »
(Angelus Silesius, Livre I, 289)
Du coup, accepter que ce que l'on fait n'a pas d'autre portée que de se satisfaire à sois-même est, pour un artiste (et là je rejoint ta conception de l'artiste) une chose quasi impossible mais qui, une fois réalisée, fait passer dans autre chose. Cet autre chose je ne le connais pas mais j'y aspire. ET je pense que l'on peu rester artiste même dans ce nouvel état de fait. artiste pour sois ne va pas avec ta définition mais je reste persuadé que c'est valable tout de même.
juste pour finir et pour rebondir sur ce que je viens de dire :
peut-être que le but recherché est d'accepter de ne plus être artiste. Se libérer d'un poids. Mais encore une fois, le parcours est certainement plus important que le but.
je crée comme toi avec des matéraiux mouvants,fluctuants et sujets au temps d'une autre manière que nous!
Le danseur, l'acteur,le musicien sont des artistes de l'éphémère puisque leur art n'existe qu'au moment ou ils l'interprètent...ensuite ils sont des êtres humains qui font autre chose!mais eux aussi bénéficient à présent des nouvelles technologies qui pérénnisent leur création! Cela remet-il en question sa valeur, sa performance, son sens...?
Je ne crois pas! cela permet de communiquer au plus grand nombre leur message!
Pour nous c'est pareil!
heureusement que nous avons la photo pour partager nos expériences,communiquer nos émotions, offrir nos oeuvres!...
Quand tu travailles à l'exterieur sur des oeuvres rendues éphémères par ton choix,au bout du compte il semblerait,par ton raisonnement,que tu ne travailles que sur le lâcher prise,qui consisterait à faire seulement pour toi et à ne pas te soucier d'être vu...Arriver à ça,serait pour toi un défi remarquable!
Ben il y a plein de gens qui chantent dans leur salle de bain sans se soucier d'être entendus...mais ceux qui s'enregistrent et communiquent ils sont dans une autre démarche!etlà ça devient une démarche artistique!
l'art c'est avant tout la communication pour moi!
la communication oui, mais dans mon cas (et dans le cas de pas mal de gens) il y a également la volonté de laisser une trace. Communiquer mes réflexions, échanger et que laisser la trace de cette réflexion. Quand on part de cette base, le fait de ne produire de la réflexion que pour sois est une torture. Comme si Platon, Bobin ou White ne gardaient (ou n'avaient gardé) leurs réflexions que pour eux. On partage nos idées et aux travers d'elles, on dure, on fait fi de l'éphémère. Je ne parle pas de juste chanter dans la salle de bain. Au cinéma il y a les films pop corn et les films oeuvre d'art. Donc je ne vais pas comparer le chant oeuvre d'art et le chant pour sois. mais produire de l'art et le garder pour sois... C'est admettre sa finitude et l'accepter. J'y tends car ce serait, je l'imagine, un état de grâce. Mais je ne suis pas certain d'y parvenir. En ce sens, l'art est pour moi un chemin, une expérience à partager, à la fois très personnelle mais qui se nourri des autres. Une utopie quoi!
"produire de l'art et le garder pour soi... C'est admettre sa finitude et l'accepter"
excuses-moi manu,mais je ne vois pas...mais vraiment pas l'intérêt d'une telle démarche!
En plus, t'es pas rendu avec l'esprit que tu as!
Va déjà falloir que tout seul, tu décides de ce qu'est une oeuvre d'art...pour pouvoir estimer si tu fais de la chanson dans ton bain ou de l'opéra,du pop-corn ou del'art et essai...tu vas donc t'auto-flageller une partie de ta vie et t'auto-congratuler toute l'autre sans jamais savoir si finalement ce qui a de la valeur pour toi en a pour les autres et donc si c'est vraiment un acte de grande valeur d'abandonner au vide,à l'indifference quelque chose qui a de la valeur... ou pas!
rien qu'en essayant de comprendre ton raisonnement, je me perds!!
on va simplifier alors parce que je rend compte effectivement que je m'y perd aussi dans cette discussion qui se mord la queue et qui fini par ne plus rien vouloir dire :
oui, je sais on se mas.... le cerveau ici :)))
Pour faire simple on va prendre un exemple concret. Va te balader et faire une oeuvre dans un coin paumé là où peut-être personne ne passera avant des mois. D'ici à ce que quelqu'un vienne elle aura certainement disparu. N'en garde aucune trace que dans ta mémoire et n'en parle pas autours de toi : est ce que tu te sentiras frustrée? Si oui ben on est dans le même cas, si non bien je t'envie.
j'en reviens à cela : http://nature-art.blogspot.com/2011/04/petite-histoire-de-ballade.html
Donc on ne va pas repartir dans ce débat là parce que sinon, comme aujourd'hui on ne va pas s'en sortir. Je voulais juste affirmer par cet article qu'il fallait arrêter de parler d'éphémère et de notre amour pour l'éphémère. Arrêter de dire qu'on adore faire des oeuvre éphémère et que l'on vit super bien le fait que nos oeuvre disparaissent. C'est hypocrite. Il faut juste que l'on se rendre compte que l'on parle (comme le dis parfois Franck) de "traces de l'éphémère". Qu'on se rende compte que l'on parle et que l'on fait de l'art à propos de l'éphémère. mais pas qu'on "fait" de l'éphémère. Pour reprendre ton expression : on ne chante pas sous la douche mais on enregistre une chanson. Dans ce cas là il ne faut pas dire que l'on a enregistré la magie du chant sous la douche. C'est un non sens. Parce qu'en enregistrant la magie du chant sous la douche ben on la perd justement, cette magie. Cette magie n'appartient qu'à celui qui la vit dans l'instant. Ensuite, enregistrer cette magie, ok, mais c'est pour en dire autre chose.
Heu.... vous me suivez là??? :)))
C'est exactement ça, Flo, je chante sous ma douche...
Je pense que ce besoin de laisser une trace est éminemment culturel, tout comme le besoin de constituer un patrimoine...
Il est très fort et même oppressant dans notre culture matérialiste. J'y suis très sensible, et travailler sur l'éphémère est de mon point de vue une bonne manière de desserrer l'étau.
Dans tout cela, c'est bien de culture dont il s'agit... des choses qu'ont en commun les personnes d'un groupe et qui leur permet de se comprendre lorsqu'ils communiquent.
Mais de mon point de vue, lorsque l'on traite de culture on se focalise un peu trop sur l'émetteur, l'artiste qui s'exprime, en laissant de côté le récepteur, le spectateur qui reçoit.
Or pour que l'artiste ne s'exprime pas dans le vide, il faut qu'il ait des choses en commun avec son auditoire.
K. White parle de retrouver le lien entre les artistes et les spectateurs... c'est comme cela qu'on développe une culture.
En pratiquant des "activités artistiques" dans la nature, je me sens vivant, mais je me sens également utile, car en développant ma réceptivité au travail des artistes qui montrent ce qu'il font (comme vous le faites) et en devenant ainsi capable de les comprendre et de dialoguer avec eux, je participe, comme eux et comme les autres spectateurs a élargir et à enrichir le champs d'une culture géopoétique que j'aimerais voir supplanter la culture dominante fondée sur la notoriété et les traces matérielles.
C'est sans doute trop évident pour qu'on y pense et qu'on s'y applique, mais se développer soi-même est une façon très efficace de participer à l'évolution du groupe... sans doute plus efficace que de commencer par vouloir faire changer les autres.
Je ne suis pas comme la rose de Silesius, j'ai conscience d'être et je veux par dessus tout vivre délibérément... sans valider toutes les options par défaut que l'on me propose.
L'art est effectivement une expérience à partager, mais pas sur une autoroute à sens unique.
Artiste et/ou spectateur, alternativement ou simultanément, les rôles ne sont pas distribués une fois pour toute. C'est le lien qui est important... le sens de circulation de l'information est secondaire.
Est-il frustrant d'aller à la Tour Eiffel sans appareil photo?
Est-il frustrant d'escalader un sommet sans appareil photo?
Est-il frustrant de faire un équilibre de pierre sans appareil photo?
Je te promets que je vis super bien le fait que mes "oeuvres" disparaissent sans que personne ne les voit et que je ne suis ni un hypocrite ni un être bizarre pour autant.
Tu n'as pas à m'envier pour ça.
Ceci étant, j'aime bien aussi faire des photos et également faire des photos de mes travaux... pas forcément pour les montrer à la planète entière non plus d'ailleurs.
Tu as parfaitement compris ce que j'entendais par "trace d'éphémère" qui est une notion très importante pour moi, car elle libère l'action éphémère elle-même de la fixation de sa trace, nécessaire à sa communication... et à son éventuel statut d'oeuvre d'art.
En réalité, je suis très à l'aise avec ça et que je peux tout aussi bien:
Faire des installations éphémères sans laisser de trace.
Faire des photos d'installations éphémères
Faire des installations éphémères dans le but de faire des photos
Faire des photos sans installations
...
Montrer ou pas mes photos.
J'ai utilisé le verbe faire à chaque fois, y compris pour les photos, car c'est l'action qui m'importe.
Faire un blog qui ne soit pas juste de l'exhibition, est aussi une action... continue.
merci Franck,
je m'efforce de travailler cette particularité et de me nourrir de tous vos points de vue et de toutes vos expériences. Je n'ai peut-être pas à envier la façon dont tu abordes les choses mais cela me sert quand même de moteur. Et c'est sans doute le principal.
Le travail sur la trace est tel que pour illustrer mon propos j'ai réalisé ce petit carré fait de multiples traces. J'ai fais une photo. Puis j'ai piétiné les traces. Une fois, deux fois... jusqu'à ce qu'elles disparaissent presque. J'ai donc bien travaillé sur les traces de l'éphémère pour illustrer un propos précis. Que ces traces disparaissent à cause du vent, du temps qui passe, de la mer qui les recouvrent, d'un homme qui les piétine.... quelle différence. Elles sont éphémères, point.
tes questions ne sont pas les miennes...
on ne donne que si quelqu'un reçoit et ce n'est ni le nombre de personnes qui reçoivent,ni le temps ou la durée de l'oeuvre qui donne de la valeur à ce don!
c'est le partage et le plaisir que chacun a eu de donner ,de recevoir et de transmettre à son tour autre chose, autrement.
c'est pour ça que faire ses trucs dans son coin c'est comme manger tout seul un bon repas que tu as cuisiner avec attention! ça n'enlève rien à sa valeur mais c'est qd mm plus généreux,plus agréable aussi de partager,de transmettre et de donner du plaisir à quelqu'un d'autre qu'à soi-même!
Les expériences les plus extrêmes n'ont de sens que si elles sont transmises!
Tout le monde ne sera pas capable de les recevoir au m^me moment mais il est important de pouvoir un jour y accéder!
ce propos sur la trace d'éphémère me laisse un peu perplexe finalement...l'histoire n'a laisser que des traces d'éphémères...ces traces durent parfois des milliers d'années...juste une question d'échelle de temps !
Prendre conscience du mouvement permanent et l'intégrer à sa vie est le plus important...voir partout ce mouvement se perpétuer sous toutes les formes et les durées est ce qui est interessant.
Il n'y a pas le statique d'un côté, l'immuable et le mouvant,le périssable de l'autre ...donc travailler sur les oeuvres dont la durée est limitées à quelques minutes, quelques heures, quelques jours ,c'est toujours travailler sur la perception du temps!
pour répondre à ton exemple: si je fais une oeuvre dans un coin reculé,si je vois quelque chose de magnifique (ce qui pour moi est pareil)ma seule reflexion sera:est-ce que j'ai envie d'en parler aux autre ou pas...et selon plein de paramètres,ma réponse suivra!en photos, en mots,dans ma mémoire...peu importe! il y aura tôt où tard transmission,à conditions que les supports(livres,blogs,photos,chants,poésie,oeuvre plastiques...) prolongent cet instant...d'une autre façon!
ce qui est intéressant ici ce sont justement nos différences de point de vue. De mon côté ma création est issue d'une volonté d'exprimer quelque chose. Je ne crée jamais gratuitement, juste comme ça, juste pour le plaisir. On peu me critiquer pour cela mai c'est un fait. Si je crée c'est pour montrer. point d'orgueil ou de chevilles enflée là dedans. C'est juste ma façon de fonctionner. En découle l'interrogation exprimée aujourd'hui.
Ce que je relève, Flo, c'est que d'un côté tu expliques à Manu que tout est éphémère et que ce n'est qu'une question d'échelle de temps, et d'un autre, bien que tu l'évoques dans ton dernier message, tu fais l'impasse sur des modes de communication indirectes, certes ténus et difficilement perceptibles, mais que personnellement je juge fondamentaux.
Ce que je considère le plus important, c'est notre façon d'être au monde... et d'être aux autres. Et tout ce que l'on fait, voit, expérimente... transpire de nous et se transmet d'une manière ou d'une autre. De l'énergie, de l'enthousiasme, une lueur dans les yeux... la vie.
Un diaporama de photos de vacances, une conversation, un commentaire sur un blog, une oeuvre d'art, une source d'inspiration pour notre travail quotidien... autant de façon de communiquer plus ou moins directes.
Tu écris:
"si je fais une oeuvre dans un coin reculé,si je vois quelque chose de magnifique (ce qui pour moi est pareil)ma seule reflexion sera:est-ce que j'ai envie d'en parler aux autre ou pas..."
Je ne me pose pas du tout la question en ces termes, car je sais que d'une façon ou d'une autre cela finira par transpirer sans que j'ai besoin d'en faire un "compte rendu".
Nous avons beaucoup avancé les uns et les autres depuis que nous échangeons sur vos blogs et il est clair que tout ça n'aurait pu exister si vous ne les aviez pas alimentés avec vos oeuvres. Mais au-delà des oeuvres présentées, ce sont les expérimentations que nous menons chacun dans notre coin et qui nous construisent individuellement qui nourrissent nos échanges et créent la culture géopoétique que nous partageons.
Je pense qu'échanger avec David sur la perception des phénomènes d'érosion, où de parler, comme j'allais le faire avec Manu de l'absence de vent qui me frappe dans ses images, car c'est très rare sur ce type de plage, est au moins aussi intéressant que de vous montrer une énième image (plus ou moins bonne) d'équilibre de pierre.
Il faut des artistes qui font l'artiste, mais comme disait Joseph Beuys, la révolution sera effective quand chacun vivra sa vie en artiste.
Que nous soyons artiste, architecte, charpentier, boucher, employé des postes... nous avons tous, tous les jours, tout le temps des tas de choses à faire qui gagneraient à être investies d'un supplément d'âme, d'un peu de nous même.
Il existe des cultures très riches (en particulier des cultures amérindiennes) dans lesquelles les notions d'art et d'artiste n'existent pas, qui n'ont même pas de mots spécifiques pour les nommer...
Manu, écrit:
"De mon côté ma création est issue d'une volonté d'exprimer quelque chose. Je ne crée jamais gratuitement, juste comme ça, juste pour le plaisir."
Si ça peut te rassurer, rien n'est totalement gratuit, tout ce que nous expérimentons participe a augmenter nos aptitudes à faire face à des situations nouvelles et selon Desmond Morris, ce goût pour les expériences nouvelles plus ou moins développé chez les individus est mû par l'instinct de conservation.
Cet été, j'ai éclaté sur l'autoroute et me suis retrouvé sur la jante à 110km/h... c'est peut-être parce que j'ai pratiqué pas mal de sports de glisse que je n'ai pas paniqué, que j'ai contrôlé l'embardée et que nous avons pu éviter un grave accident...
Ce que je constate, c'est que lorsque tu sors "faire du landart", tu soustrais du temps à ta vie de famille, tu pars avec l'idée de faire quelque chose si ce n'est avec un projet en tête, tu pars avec l'idée d'exprimer quelque chose, tu pars avec l'idée de ramener quelque chose pour alimenter ton blog. Rentrer bredouille serait pour toi un échec culpabilisant... du temps perdu.
Or dans ton article précédent, tu sembles avoir ressenti autre chose, quelque chose qui te change toi et qui ne dépend pas de la façon dont tu va le relater.
Pour moi, c'est ça qui compte... le reste c'est du bonus... et je t'assure qu'avoir cet état d'esprit est totalement libérateur.
Faire "gratuitement" des choses éphémères, pour son propre épanouissement, ce n'est déjà pas rien... et en plus C'EST CONTAGIEUX !!!
dans mon article précédent il y a effectivement quelque chose qui à changer, mais pas dans le sens où tu le perçois : comme tu l'évoques, ce temps passé à faire mes expérimentations est précieux et je finissais par me lasser de ne pas savoir dans quelle direction j'allais. Ces dernières semaines j'ai senti la direction du vent pour la première fois. J'ai décidé de la suivre. Il n'est donc pas question pour moi de faire des oeuvres gratuitement mais juste d'en faire avec une vision précise des idées que je veux faire passer. Car oui, même si j'aspire à me contenter de la gratuité de mes actes, je n'en suis pas encore là. J'éprouve plus que jamais le besoins de communiquer et de laisser des traces visibles pour les autres. A une grande échelle temporelle dirons nous. Et ce n'est pas un détail. Une seconde ce n'est pas un millénaire. C'est juste une question d'échelle mais ça a son importance.
Pour ce qui est de l'absence de vent, avant que je ne te réponde, peux-tu expliciter ton interrogation?
ma réponse ne visait qu'à répondre à manu,maisce dont tuparles coule de sens!
Toute expérience à un moment ou à un autre se partage d'une manière ou d'une autre,en bien ou en mal,consciemment ou pas, c'est une évidence! Je ne pars pas de ce precepte,comment,pourquoi, quand transmettre...sauf qu'on y aboutit toujours...qu'on le veuille ou non, qu'on le maitrise ou non! mais ,je ne voyais pas l'intérêt de le préciser!
Flo,
Moi, ça me semble très important de le préciser.
Savoir que le partage se fera de toute façon, sous quelque forme que ce soit parce que l'on est ouvert aux autres et disponible, relativise la question de la transmission, ou plutôt la dissocie de la finalité de l'expérimentation.
Ce qui te semble totalement évident n'a pas l'air de l'être tant que ça pour Manu dont l'action me paraît en grande partie conditionnée et même justifiée par la transmission.
Des tas de gens sont tristes et mornes car ils vivent une vie triste et morne, ou en tout cas qu'il perçoivent comme telle. Ils ne communiquent rien de vivant et n'ont rien à exprimer de personnel car ils ne vivent rien de personnel... où du moins le pensent-ils.
Nous vivons dans un monde ultra communicant d'une vacuité abyssale.
Débordons de vie et le reste suivra...
Manu,
Je connais bien ce genre de paysage de plages, et ce qui les caractérise en général, c'est le vent.
C'est d'ailleurs souvent pour cela que je les ai fréquenté.
Ta petite structure de l'article précédent me paraît totalement incongrue en ce lieu, parce qu'elle est constituée de matériaux "importés" et surtout parce qu'elle est incapable de supporter le moindre souffle de vent.
C'est un peu comme si Godsworthy faisait un écran de tiges sur une plage...
La scène de Rivers and Tides où il parle en faisant un tel écran et où le vent se lève nous rappelle qu'il travaille avec les éléments et pas juste avec un matériaux graphique.
Du coup je trouve tes images fascinantes, car ces moments sans aucun vent sont très rares et elles me donne une impression de temps suspendu.
Avec "éphémère", c'est l'inverse, là où je pensais voir l'action du vent, tu m'apprends que tu as volontairement estompé les traces...
Je te sentais apaisé à la fin de l'article précédent, mais là je me dis que c'est pas gagné ;-))
Cette conversation est très intéressante. Désolé,mais je reste un peu en retrait. Personnellement, je ne me pose plus toutes ces questions.
DAvid
Je ne vais pas en rajouter une couche car tous ces échanges sont assez justes dans l'analyse qu'ils font de mon questionnement.
Effectivement la question de la transmission même si elle est sans doute "de fait" est au coeur de mon travail. Je suis d'un côté apaisé car j'ai enfin trouvé un chemin à suivre mais ce n'est pas pour cela que je ne me questionne plus. Mes questions sont moins diffusent mais plus que jamais présentent.
Pour ce qui est du vent et bien oui c'est vrai que j'ai profité d'une sorte de moment suspendu. Les feuilles ne tenaient sur les brindilles que parce qu'elles étaient humide et la moindre brise pouvait tout exploser. Et c'est ce moment précis, sans vent, avec cette lumière perçant les nuages et cette transparence qui reste inscrit dans ma mémoire et qui a comme débloqué quelque chose en moi.
Je comprends tout à fait, quel sujet intéressant ! j'avoue que je n'ai pas pris le temps de tout lire mais Flo a raison : l'art n'est-ce pas aussi la danse, le spectacle etc. Quoi de plus éphémère mais beau (en tout cas pour l'amateur et le passionné)qu'une danseuse faisant un grand écart en plein saut ? C'est dans la globalité de l'oeuvre qu'on voit l'artiste et tu en es assurément !
Merci Izys : cette comparaison aux autres formes d'art est en effet intéressante et remet en perspective mes interrogations. De traces nous parleront alors de mémoire.
Peut-être est-ce l'instinct de survie qui nous pousse à dessiner nos traces....comme une envie vaine de vouloir repousser la fin ou l'échéance. Pure folie puisque le combat est perdu d'avance ....
Mais l'essentiel est que le geste, même furtif, soit élégant et l'empreinte gracieuse....cela écrit les plus belles histoires.
C'est peut-être de cette façon que l'on donne un sens à la vie.....?
c'est très joli et réussi !
Hello !
sympa comme coïncidence !
merci de ton passage en tous cas
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bonne journée
Taçable, traces de sable ... Nous ne sommes finalement nous-mêmes que des êtres éphémères et les traces de sable qu'on laisse s'effaceront avec la première vague... Etre vivant, marcher vers l'avant, laisser son pas, ses traces derrière et se demander comment on pourrait inventer la prochaine.
"La meilleure façon de mar'qu'er, c'est encore la ....
C'est de mettre un pied devant l'autre et de ...."
Ces considérations philosophiques me dépassent un peu, je l'avoue mais elles font réfléchir et se poser des questiions.
Pourquoi fait-on des enfants, si ce n'est pour continuer à vivre à travers eux, à travers nos petits enfants et nos arrières petits enfants. De même pourquoi avons-nous besoin de laisser des traces de nous-mêmes par des photos,des films si l'on n'avait pas cette peur d'une finitude?
Si l'on était éternel, aurions-nous ces mêmes besoins?
A moins que cela ne se situe tout simplement dans nos rapports avec nos contemporains. Chanter, jouer, peindre , créer pour jeter des ponts entre les autres et nous, pour recevoir leur agrément, leur approbation, pour nous rassurer sur nos capacités, notre valeur.
Aaargh, qu'importe!
Profiter du plaisir que l'on a à créer, à partager avec d'autres sans se poser de questions est si simple. Laissons-nous porter!
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