Cette cession n’aura pas été de tout repos. Et pour cause, je m’y suis parfois mal pris et les épines… ça pique ! J’avoue même qu’une ou deux larmes ont du perler sur mes joues.
- Regarde ces épines, regarde la diversité de leurs couleurs, de leurs tailles, de leurs âges. Certaines viennent de notre jardin, d’autres viennent d’ailleurs et parfois de très loin. Elles ont utilisés des chemins sinueux en passant par de multiples jardins avant d'arriver jusqu'à nous. Y en a-t-il une que tu préfères ?
- Non papa, il n’y en a pas une que je préfère par rapport aux autres.
- Et pourquoi ?
- Elles sont toutes pareil, toutes elles piquent.
- Ce n’est pas vrai. Il y en a de petits toutes molles qui ne piquent pas et d’autres plus anciennes et plus dures qui en effet font mal. Mais si tu t’arrêtes à ce constat tu passeras à côté du principal. As-tu essayé de comprendre pourquoi elles piquent ?
- Heu, non.
- Si les épines te piquent, c’est que tu n’as pas su les observer de la bonne manière. Tu n’as pas su les comprendre. Elles ne piquent pas par plaisir. Elles protègent leurs roses. Aborde chaque épine de la même façon sans les juger à cause de leur couleur, de leur âge,de leur aspect ou de leur provenance. Ne te focalise pas sur le type de rose qu'elles défendent. Essais de les comprendre, de connaître leur histoire et tu verras qu’elles ne te piqueront pas et que tu les aimeras toutes. Aimes les chacune sans distinction et toutes tu les trouveras belles et douces.





6 Comments:
ton hisoire me ramène à celle du petit Prince, aussi aimant qu'obstiné,aussi grave que logique, aussi lucide qu'inquiet!
"Le cinquième jour, toujours grâce au mouton, ce secrèt de la vie du petit prince me fut révélé. Il me demanda avec brusquerie, sans préambule, comme le fruit d'un problème longtemps médité en silence:
-Un mouton, s'il mange les arbustes, il mange aussi les fleurs?
-Un mouton mange tout ce qu'il rencontre.
-Mme les fleurs qui ont des épines?
-Oui. Même les fleurs qui ont des épines.
-Alors les épines, à quoi servent-elles?
Je ne le savais pas. J'étais alors très occupé à essayer de dévisser un boulon trop serré de mon moteur. J'étais très soucieux car ma panne commençait de m'apparaître comme très grave, et l'eau à boire qui s'épuisait me faisait craindre le pire.
-Les épines, à quoi servent-elles?
Le petit prince ne renonçait jamais à une question, une fois qu'il l'avait posée. J'étais irrité par mon boulon et je répondis n'importe quoi:
-Les épines, ça ne sert à rien, c'est de la pure méchanceté de la part des fleurs!
-Oh!
Mais après un silence il me lança, avec une sorte de rancune:
-Je ne te crois pas! les fleures sont faibles. Elles sont naives. Elles se rassurent comme elles peuvent. Elles se croient terribles avec leurs épines…
Je ne répondis rien. A cet instant-là je me disais: "Si ce boulon résiste encore, je le ferai sauter d'un coup de marteau." Le petit prince dérangea de nouveau mes reflexions:
-Et tu crois, toi, que les fleurs…
-Mais non! Mais non! Je ne crois rien! J'ai répondu n'importe quoi. Je m'occupe, moi, des choses sérieuses!
Il me regarda stupéfiait.
-De choses sérieuses!
Il me voyait, mon marteau à la main, et les doigts noirs de cambouis, penché sur un objet qui lui semblait très laid.
-Tu parles comme les grandes personnes!
Ca me fit un peu honte. Mais, impitoyable, il ajouta:
-Tu confonds tout… tu mélanges tout!
Il était vraiment très irrité. Il secouait au vent des cheveux tout dorés:
-Je connais une planète où il y a un Monsieur cramoisi. Il n'a jamais respiré une fleur. Il n'a jamais regardé une étoile. Il n'a jamais aimé personne. Il n'a jamais rien fait d'autre que des additions. Et toute la journée il répète comme toi: "Je suis un homme sérieux! Je suis un homme sérieux!" et ça le fait gonfler d'orgueil. Mais ce n'est pas un homme, c'est un champignon!
-Un quoi?
-Un champignon!
Le petit prince était maintenant tout pâle de colère.
-Il y a des millions d'années que les fleures fabriquent des épines. Il y a des millions d'années que les moutons mangent quand même les fleurs. Et ce n'est pas sérieux de chercher à comprendre pourquoi elles se donnent tant de mal pour se fabriquer des épines qui ne servent jamais à rien? Ce n'est pas important la guerre des moutons et des fleurs? Ce n'est pas sérieux et plus important que les additions d'un gros Monsieur rouge? Et si je connais, moi, une fleur unique au monde, qui n'existe nulle part, sauf dans ma planète, et qu'un petit mouton peut anéantir d'un seul coup, comme ça, un matin, sans se rendre compte de ce qu'il fait, ce n'est pas important ça?"
Ces épines me clouent le bec !
Une fois n'est pas coutume.
Mais comme je suis incorrigible (c'est peut-être pathologique), je profite tout de même de cette très jolie petite fable pour en suggérer deux interprétations:
- Je m'identifie au père.
Bien pensant et tolérant façon "touche pas à mon pote", j'enseigne mes certitudes à ma tête blonde. Derrière cette façade aseptisée, en bobo parfaitement intégré et en ligne avec la morale officielle, sans même m'en rendre compte, je suis en réalité un insupportable donneur de leçon.
- Je m'identifie à l'enfant. Le père c'est la nature à laquelle je confronte mes hypothèses, mes certitudes: "les épines sont toutes pareilles".
La nature m'enseigne l'humilité, mais il n'empêche que pour avancer je dois sans cesse la questionner, échafauder des théories... jouer. Je dois l'éprouver sans la défier, passer dans le "tambour de la machine à laver" avant d'être capable de surfer la vague.
Moralité:
On peut faire dire à une même histoire tout et son contraire et la crédibilité d'une interprétation tient souvent à la crédibilité de celui qui l'avance.
Epilogue:
Mon truc à moi s'appelle néoténie, ce n'est pas une maladie, juste une tendance à conserver à l'âge adulte des caractéristiques de l'enfance, comme poser sans cesse des questions, échafauder des théories, formuler des hypothèses, évaluer des certitudes... jouer.
Selon les circonstances et le statut que l'on prêtera, à priori, à l'adulte "néoténique" on prendra son attitude pour de la puérilité et/ou pour de la prétention et de l'arrogance...
Je trouve sur ton blog, Manu, du carburant et un lieu pour épancher sans censure cette caractéristique ainsi que des gens qui la partagent avec qui dialoguer.
J'ai conscience qu'elle doit parfois nous faire passer pour des p'tits cons...
Je formule l'hypothèse qu'elle nous évitera peut-être de devenir des vieux cons...
Rien n'est moins sûr... là encore, ce n'est qu'une hypothèse ;oD
Quel à-propos, Flo!
Je découvre le message que tu as posté pendant que je rédigeais le miens... bravo !
"Look at those spines, look at the diversity of their colors, their sizes, their ages. Some come from our garden, others come from elsewhere and sometimes far away. They use winding paths through multiple gardens before reaching us. Y is there one that you prefer?"
With these words you have captured exactly what land art is all about for me. The subtleties in the differences between the thorns, some old, some new, some hard, some soft. The experiences you had when you collected them, what the weather was doing, how you felt in that moment. That is the essence of land art, all the rest is superfluous, just fluff without those things.
Take care to live in the moment, to feel and experience and see. That is where the art and the artist live. Follow that path and the interest and acclaim will follow but if not it does not matter, it is the joy and experience of the natural world that is ALL important. Seek the acclaim without the essence of the art and it will be hollow and you will be disappointed.
The pleasure and the art lies in the nuances of our natural environment and our relationship and experience of it. Everything else is not useful or important and a distraction from what lies in the core. The talk, the analysis, the soul searching these are just a sideshow. The heart of land art lies in the deepening experience of nature and eventually of ourselves, that is where the art and artist is. I think you have found the path again and I congratulate you for that.
By the way, I really like these arrangements!
Richard
wow Richard! I'm glad you read all my text in french. land art is international. I knew it but it's a reality here.
Thanks for that!
Franck et Flo : effectivement ou peu interpréter les choses à notre façon et faire ce que l'on veut à une même histoire. Cela peu être dangereux et comme le dis Franck, cela dépend de qui le dit (est il crédible) et du message qu'il veut faire passer. Après, le fait d'être moralisateur. Il ne faut pas en abuser mais parfois ça fait du bien quand même. ça éduque un peu. il faut de tout et la mesure dans toute chose est primordiale. Rien n'est tout noir ou tout blanc. Tout n'est que mélange et équilibre plus ou moins bien réussit.
Belle histoire, belle philosophie ;))
Ces épines ont une qualité artistique et didactique indéniable !
séb h.
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