Hamish Fulton
"Walking to Paris"
15-05 26-06-2010
galerie Patricia Dorfmann

Ce week-end j'ai l'impression d'avoir été plus loin qu'Hamish Fulton lors de sa dernière marche. J'étais pourtant à seulement une heure de Clermont. J'ai des souvenirs de discutions passionnée avec les compères Bruno et Laurent il y a un peu plus d'un an, et j'ai éprouvé les mêmes sensations cette fois-ci.
Imaginez une petite fermette restaurée en pleine campagne. Une salle à vivre avec un poêle qui nous réchauffe en cet hiver prolongé et autours de la table, Marc, Maïté, votre serviteur et ce plaisir réel d'échanger atour d'une passion commune. Des rencontres comme celles-ci j'en veux encore et encore. Et je compte bien, au fur et à mesure, vivre ce genre de journée avec d'autres passionnés... Créer dans son coin c'est bien mais faire des rencontres.... Bon sang que c'est agréable!
Marc Pouyet
"Joueur de Nature"
04-2010
éditions Plume de carotte





45 Comments:
As-tu des nouvelles de Laurent ? Dommage qu'il publie moins sur son blog....j'aime beaucoup ses créations land-art.
Je pense le rencontrer bientôt, quand je rentrerai cet été à Chabeuil et landarter avec toi du coté de Clermont....
je te répond par mail
Manu, tu me tends une superbe perche... tu l'as certainement fait exprès... je la saisi donc:
Je suis allé hier soir au vernissage de l'exposition d'Hamish Fulton.
Vu que j'y suis passé assez tard, il n'y avait plus que quelques jeunes gens branchés qui finissaient d'écluser des bouteilles, et dans un coin de la galerie un type plus âgé, dégarni, semblant échanger des politesses, avec une femme... vraisemblablement la directrice de la galerie.
Dans toute cette assemblée, lui seul portait des chaussures de marche... c'était donc lui... himself...
Je me suis senti comme un gamin, une groupie de Céline Dion.. j'en avais un peu honte.
J'aurais aimé savoir parler anglais et avoir des choses intelligentes à échanger avec lui...
(à suivre)
(suite)
J'ai fait un premier tour rapide de la galerie où plusieurs types d'oeuvres sont présentées, essentiellement:
- des petites gouaches sur papier
- des photos accompagnées de textes
- des grands muraux, peints directement sur le mur
Renseignement pris, si tu achètes une peinture murale (20 000€ à 35 000€), on ne découpe pas le mur pour te la livrer... un assistant d'Hamish Fulton vient le peindre sur ton mur (celle de la galerie n'a pas non plus été peinte par Fulton lui-même mais par un assistant).
Les photos sont des tirages jet d'encre limités à 50 exemplaires, qui sont en fait de véritables compositions graphiques intégrant le texte, réalisées sur ordi, les images elles-mêmes sont éventuellement retouchées.
Je ne prétend pas être critique d'art et donc les lignes qui suivent ne reflètent que ma propre perceptions et j'admets que mes interprétations sont peut-être parfois hasardeuses...
Je trouve que Hamish Fulton, comme Jan Dibbets d'ailleurs, est un artistes bien plus conceptuel que Richard Long et à fortiori que Goldsworthy et Udo.
Il y a plus de distance et une certaine "déconnexion" dans la relation entre l'expérience in situ et "l'objet artistique" chez Fulton que chez Long.
Long intervient sur le site en réalisant des installations même minimales ou soumet sa marche au concept de l'objet artistique (marcher sur un itinéraire créant un cercle parfait sur une carte par exemple).
Chez Fulton, la marche est un acte artistique en soi, sans qu'il n'y ai rien besoin d'ajouter. Et puis il y a l'objet artistique. Ce n'est pas l'objet artistique ou le concept de l'objet artistique qui fait que la marche est un acte artistique.
L'objet artistique a aussi sa propre autonomie... graphique. Il s'inspire de la marche et les images en sont la matière première, c'est pour cela que la retouche n'est pas incongrue puisqu'elle vise à parfaire l'objet artistique qui n'est pas le "rendu" d'une installation. La marche est donc le sujet et la matière de l'objet artistique.
D'une certaine manière, et sans associer à cela quoi que ce soit de péjoratif, ces objets artistiques fonctionnent par rapport à la marche, comme des cartes postales, qui vont permettre de transmettre, de conserver, d'échanger, de s'approprier, de se remémorer, une impression, une idée, un "j'y étais"...
Chez Fulton, comme chez Dibbets, j'ai relevé un travail très subtil sur l'encadrement des oeuvres, pour renforcer l'autonomie de l'objet artistique et aussi mettre en parallèle le rapport physique du spectateur avec l'objet artistique dans l'espace d'exposition et l'expérimentation in situ. Mais là je projette peut-être un peu trop mes propres préoccupations...
(à suivre)
(suite et fin)
Je ne voulais pas jouer au clampin qui cherche à toucher Mickael Douglas au festival de Cannes, mais cela m'aurait quand même embêter de partir sans m'adresser à Hamish Fulton... alors je suis allé vers lui et ai demandé à la dame avec laquelle il s'entretenait de bien vouloir me servir d'interprète pour lui faire part de mon admiration pour son travail, et du fait que j'appréciais beaucoup de pouvoir voir ses oeuvres "en vrai" plutôt que dans les livres, et que j'étais très touché de pouvoir le rencontrer.
Je devais être émouvant car il a semblé touché, son regard s'est d'un coups éclairé et il m'a remercié me donnant une chaleureuse poignée de main... j'ai bredouiller quelques mots d'anglais puis suis retourné voir les oeuvres plus en détail.
Je me suis alors arrêté sur un petit cadre ne payant vraiment pas de mine, renfermant une page de carnet à carreau: "The names of seven men". Sept noms de sept lettres écrites au crayon et disposées en carré:
DUCHAMP
MESSNER
HABELER
MALLORY
HILLARY
TENZING
EVEREST
Je ne connaissais pas habeler, mais j'ai pu rapidement vérifier sur mon téléphone connecté à internet que c'était bien lui aussi un Himalayiste...
Je trouve que cette liste réalisée par Fulton en expé, qui associe Duchamp à ces Himalayiste est une façon lumineuse de faire le lien entre la marche et l'art conceptuel.
Alors je suis retourné voir Hamish Fulton qui était maintenant seul pour lui faire part de mon impression et essayer d'en savoir un peu plus... il n'a pas eu l'air de considérer mon anglais pitoyable comme un obstacle... nous étions dans le vif du sujet, son regard sous son front dégarni avait maintenant l'intensité de celui de John Malkovich, il m'a fait part de sa grande admiration pour Duchamp, m'a éclairé sur Habeler que je ne connaissais pas, et nous avons échangé sur l'idée selon laquelle la montagne serait une sorte de "ready made" que l'on découvrirait en marchant...
Il m'a demandé si j'étais moi-même artiste, je lui est répondu que non que j'étais architecte, et nous nous sommes quitté car la galerie fermait.
Je compte mes sous... dommage que je ne sois pas en fonds en ce moment car j'ai vraiment craqué pour cette petite page de carnet...
Merci Franck pour nous faire partager cette rencontre qui devait être extraordinaire. Tu l'as décrit formidablement bien !
Je vais suivre te conseils....je me met (ou remet) à l'Anglais !
Je découvre grâce à vous sa démarche ....un gros coup de coeur...réellement....Merci à vous
sa façon de marcher tu veux dire greg...:-))
merci Franck de nous avoir transmis ton ressenti avec autant de sincérité , précision et d'élégance...on était quelque part avec toi, dans tes pas qui suivaient eux-même ceux de hamish fulton...et qui t'ont conduit jusqu'à lui...cette fois,pour de vrai...signe et chance! :-)
et sur le plan technique??,comment est conçue une expo de hamish fulton par rapport à son site,que je trouve extraordinaire.Y a-t-il ce même genre de progression, d'ambiance, de sensation qui petit à petit te conduisent au coeur de la marche et qui sont vraiment très bien transcrits dans son site...comme si tu te vidais de tes pensées pour ne conserver que des mots qui soutiennent et fusionnent avec tes pas,ton corps.Tu deviens marche et cette marche devient montagne,qui devient expérience de vie...est-ce que tu as senti ça?...à moins que ce ne soit encore qu'un effet de mon imagination, que ma propre projection qd j'ai visionné son site? ...et si oui, comment l'ont-ils mis en scène?
Je pense qu'on a effectivement des tas de choses à se dire concernant Hamish Fulton, mais je propose qu'on aille le faire sur "le petit forum" dans "les artistes..."
Je ne voudrais pas que l'on occulte la rencontre de Manu avec Marc Pouyet et Maïté Milliéroux.
Il s'agit bel et bien là d'une vrai rencontre, ce qui n'est pas vraiment le cas du bref échange que j'ai pu avoir avec Hamish Fulton... et le film que je me suis fait.
excusez les amis, je prend le temps de lire tout ça et je met mon grain de sel d'ici midi... si j'ai le temps. En tous les cas c'est passionnant à lire!
non, pas de soucis, on peu en parler ici. L'article est aussi fait pour cela et je préfère avoir un file de discussion cohérent ici. Et mettre en parallèle ces deux rencontres est très intéressant pour nous et pour ceux qui nous liront je pense. Je vais prendre le temps de développer un peu cette rencontre dans mon prochain com.
Ce que je peux juste dire en intro de ce commentaire c’est que la thématique de la rencontre est en plein cœur de notre discussion. J’ai été passionné par le récit de Franck et je comprend tout à fait ce qu’il a éprouvé en voyant cette petite page de carnet. Effectivement on est plus dans le conceptuel. Et je dirais que l’on peu tracer une sorte de ligne graduelle passant de Fulton à long et enfin a des artistes comme Goldsworthy. C’est vrai qu’en voyant le genre de chose exposé par Fulton on est tenté de se dire : ouai et alors ? Moi aussi je peux prendre des photos et les annoter, voir les retoucher avec photoshop. Je pensais aussi cela de Duchamp au départ et puis…. Quand des artistes vous font à ce point voir le monde autrement force est de constater que cette apparente simplicité est au combien difficile à atteindre. Je suis ensuite plus partagé sur le coup des peintures murales… Là il vend vraiment le concept pour le coup…
Et pour faire le parallèle avec ma rencontre de ce week end je dirais qu’il est aussi agréable d’avoir des rencontres plus terre à terre et de discuter avec des personnes qui ont les mêmes interrogations, les mêmes réflexions, les mêmes contraintes. Il m’a même montré certaines images inédites qui prouve que sans le savoir, nous avons des pistes de réflexions similaires. Il en est bien entendu à un stade que je ne saurais comparer au mien. Mais cela m’a réconforté de voir que finalement, nous ne sommes tous que des hommes. Il a également dans sa pratique quelque chose de nouveau que j’apprécie : une recherche personnelle d’identité artistique (chose que nous cherchons tous) et en même temps il a une grande part de son activité consacrée à l’initiation à l’art dans la nature. Comme si cela était partie intégrante de son identité artistique justement. Nous en avons un peu parlé et il semble qu’il soit en permanence sur le file entre ses propres travaux et sa passion qu’il essais de transmettre au travers d’une sorte de pédagogie plus générale de l’art dans la nature. Je ne vois pas Goldsworthy faire de l’initiation donc je me dis que l’initiation est peut-être dans le cas de Marc Pouyet, une sorte d’ouverture vers ce que je pressent concernant l’art dans la nature. Il a la même opinion que moi quand à l’utilisation du terme « land art » et il pense également que c’est une sorte de nouvel art qui émerge et que, de cette nouvelle pratique émergent des personnalités. Comme la peinture à vu naître des génies sans pour autant que l’on puisse dire qu’elle appartienne à un seul artiste. Bref que du bon ce week end. Et j’espère ne pas déformer ici les propos de Marc.
J'ai placé ici un com sur Hamish Fulton:
http://landart-1.blogspot.com/2009/02/des-artistes-qui-vous-touchent-land-art.html
Je n'avais pas vu le com de Manu qui souhaite que nous poursuivions le parallèle sur ce fil consacré aux rencontres, mais mon intervention déborde largement de ce cadre et je ne pense pas que ce soit plus mal qu'il soit développé la-bas.
Je reviendrais participer ici aussi
pas de soucis, je viens de lire ton autre cm et ça développe de façon pus poussé sur Fulton donc on s'écarte de la thématique de la rencontre. ça roule pour moi si c'est sur le forum.
Avec des guides de cette qualité, on ne peut qu'avoir envie d'aller voir l'expo !
On ne joue pas tous dans la même catégorie, mais on pratique tous le même sport.
Certains y consacrent leur vie entière, d'autres leur temps libre, certains en font leur métier, certains sont près à payer pour y être initié...
Ce que je perçois de Marc Pouyet en tant que lecteur, en tant qu'internaute, et à la lecture de ce que tu nous rapportes de ta rencontre avec lui, c'est qu'à la base il est artiste illustrateur, et que comme nous qui sommes architectes, il a dans son métier une part d'auteur et une part de praticien.
Ce que je trouve amusant, c'est qu'alors que l'art devrait à priori constituer une occasion de nous libérer des contraintes que nous avons à subir dans nos professions, la première chose que nous sommes spontanément tentés de faire, c'est de nous rassurer en y important nos règles familières.
C'est vrai que l'on peut distinguer dans les travaux des uns et des autres des différences d'approche en fonction qu'ils viennent de la photo, de l'architecture, du graphisme, de l'illustration ou de l'art...
Mais je ne suis pas certain que ce dont tu parles soit tant une réelle identité artistique que les conséquences d'une façon de pratiquer calquée sur nos pratiques d'origine.
Je préférerais pour ma part être capable de m'en libérer et de pouvoir en retour donner du souffle à mon exercice professionnel.
Je reviens sur une idée qui émaille souvent tes interventions Manu:
"il pense également que c’est une sorte de nouvel art qui émerge et que, de cette nouvelle pratique émergent des personnalités. Comme la peinture à vu naître des génies sans pour autant que l’on puisse dire qu’elle appartienne à un seul artiste"
Je pense qu'il faut relativiser:
Lorsque je prends le métro aux heures de pointe, il n'y a rien d'anormal à ce que d'autres voyageurs soient collés à moi. Je me poserai par contre des questions s'il le faisaient lorsque le wagon est vide.
Je prends volontairement un exemple assez éloigné de ta pratique effective pour illustrer mon propos:
Si demain tu marches en spirale autour de Clermont et que tu encadres le tracé de ta marche pour l'exposer, tu feras du "Walking art"... de là à dire que ce n'est ni plus ni moins que de faire de la peinture... il y a un grand pas (c'est le cas de le dire), et moi je ne le franchirai pas dans l'état actuel des choses... il y a encore suffisamment d'espaces non défrichés pour qu'une telle proximité ne soit pas neutre.
Marcher en spirale autour de Clermont sans être Hamish Fulton ou Richard Long n'est pas forcément sans intérêt et peu prendre différentes significations:
- Tu t'inscris dans un "mouvement" auquel tu apportes quelque chose.
Fulton et Long on des pratiques très proches mais suffisamment différentes et intéressantes individuellement pour que l'on considère qu'aucun des deux ne copie l'autre et que la pratique de l'un éclaire la pratique de l'autre... il y a peut être encore de la place dans cet espace relativement étroit pour des approches encore différentes.
- Tu suis le "mouvement", tu t'inscris dans une "école".
Tu n'apportes rien de nouveau, si ce n'est à la marge, mais tu as une bonne maîtrise technique (elle pourrait même surpasser celle de tes "maîtres" que cela ne changerai rien à l'affaire).
Tu vas participer à étendre le "mouvement" de façon quantitative, et éventuellement à en faire évoluer la maîtrise technique; tu vas participer à l'élargissement de sa diffusion.
L'histoire de l'art est peuplée de "suiveurs" et de "petits maîtres", parfois brillants, qui ne sont pas sans intérêt.
- Tu t'identifies façon "Podium", à une idole à laquelle tu aspires à ressembler.
- Tu goûtes, à ton niveau, au "plaisir de faire", de façon récréative.
Tu pratique comme le font les "peintres du dimanche" et les musiciens amateurs. Tu joues au foot sans espérer devenir Zidane.
- Tu fais tes gammes.
Tu marches sur les traces des "maîtres" pour parfaire ta technique en attendant de trouver ta voie.
- Tu cherches à approfondir ta compréhension de leur travail, à entrer en empathie avec leurs oeuvres, à en expérimenter les effets, à enrichir ta vision du monde de la leur.
Tu mesures également leur travail à l'aune de ta propre expérience, sans chercher à te "mesurer" à eux, juste pour te donner une échelle.
- ...
La liste n'est évidemment pas exhaustive et tout cela se mélange également allègrement dans la vraie vie.
(à suivre)
(suite)
Personnellement, je me rends compte de plus en plus que ma pratique correspond essentiellement à la dernière option que j'ai évoquée.
Je n'ai pas appris à jongler pour devenir jongleur, mais pas mal pour le plaisir et beaucoup pour comprendre comment ça marche et apprécier ainsi à leur juste valeur les performances des virtuoses...
Je pense que cette façon d'être spectateur-expérimentateur, actif, éclairé, impliqué, concerné, réceptif... est une attitude intermédiaire entre "consommateur" et "créateur" qui mériterait d'être développée et mise en valeur... dans l'art comme ailleurs.
Cela a à voir avec l'attitude des enfants qui expérimentent au travers du jeu... en faisant "comme si".
Je ne nie pas qu'il y ait des sauts qualitatifs entre l'état de spectateur et celui d'artiste, mais j'aime à penser qu'il existe tout de même une sorte de continuum dans lequel tout un tas de postures et de relations peuvent exister.
Comme dit Manu:
"nous ne sommes tous que des hommes"
Démystifier ne signifie pas sous-estimer, au contraire, cela permet d'apprécier (et d'admirer) les choses à leur juste valeur.
OK, ça retire de la magie... de la poésie aussi sans doute...
Mais moi j'ai toujours eu des problèmes avec les magiciens... ils ne m'épatent pas car je sais qu'il y a un truc, souvent bête comme choux, et que la différence entre eux et moi tient juste au fait qu'ils connaissent le secret qu'ils n'ont même pas découvert eux-même dans la plupart des cas.
Faire des rencontres et voir les choses en vrai participe énormément de cette démystification...
... avoir de vrais échanges aussi, même s'ils ont lieu à distance sur un support immatériel.
bon alors faisons le tri dans ce que tu viens de dire. Je ne sais pas si j'ai tout compris mais bon. Pour faire simple je vais juste expliciter la phrase que tu as remise en exergue au début de ton commentaire : "il pense également que c’est une sorte de nouvel art qui émerge et que, de cette nouvelle pratique émergent des personnalités. Comme la peinture à vu naître des génies sans pour autant que l’on puisse dire qu’elle appartienne à un seul artiste".
Ce que Marc et moi avons en tête en disant cela est assez simple. le cinéma ou la photo ont été inventé assez récemment et j'ai un jour assisté à un cours au cours duquel le prof nous a dit la chose suivante : technologiquement (comme pour d'autres inventions d'ailleurs) la photographie aurait pu être inventée plus tôt. Ce n'est pas cela qui a retardé son apparition, mais juste le fait que l'esprit humain n'était pas capable de l'imaginer. A partir du moment où cela a été possible les choses se sont accélérée. Idem pour le cinéma. Et dans ses premières heures, on a identifié des références, des identités fortes à tel point que le cinéma était apparenté à certaines personnes (lumière...) au lieu d'être vu, comme aujourd'hui comme un art en sois que chacun peut s'approprier. Nous pensons que c'est un peu la même chose avec l'art dans la nature. Il explose depuis un demi siècle mais il aurait pu apparaître bien avant. mais voilà, nous n'étions pas en mesure d'imaginer pouvoir le faire. Les impressionnistes se sont limité à sortir leurs toiles dehors. Donc selon nous, l'art dans la nature est apparenté à certains artistes mais au bout d'un moment notre pari est de dire qu'on le reconnaîtra comme u art à part entière avec à chaque artiste, sa façon de le manier. Et aux précurseurs succéderont autant des Picasso de l'art dans la nature, que des peintres (ou cinéastes ) du dimanche. Au delà des figures "stars" d'aujourd'hui je pense qu'il est encore possible de trouver sa place mais pas dans une sorte de cadre normatif. Nous voulons juste de parler de médiums. De moyen, d'outils. La nature comme palette, comme pinceaux, rien de plus. Tout comme la caméra va avec le cinéma.
Bon ok c'est plus complexe car chacun a sa pratique. certains prennent des photos, d'autres non, et au final on se trouve devant le dilemme de Franck Doriac qui essai de rassembler sous le terme de "geoplastic" des pratiques assez différentes. J'ai juste une vision volontairement simpliste sur un sujet un peu touffu mais mon pari est de dire que d'ici quelques années ça va s'éclaircir. mais loin de moi l'idée de vouloir créer un cadre restrictif. ce n'est pas parce qu'il existe des écoles des beaux arts avec des cours e dessin ou de peinture que les peintres se sentent prisonnier de leur art...
Mon propos n'allait pas au delà de ça. maintenant j'avoue ne pas comprendre la comparaison avec le métro...
Je pense que j'avais bien saisi ton propos et ne le remets pas en cause, je le trouve juste un peu fourre-tout et donc assez peu opérant.
J'avais écrit un long com qui a été scratché au moment de l'envoi à propos du bouquin de Doriac, et je n'ai eu ni le temps ni le courage de tenter de le réécrire.
J'y avançais entre autre l'idée selon laquelle ce qui avait surtout beaucoup fait avancer les choses était d'être passé des Beaux-Arts aux arts-plastiques et qu'il pouvait maintenant effectivement être pertinent de distinguer les arts-géoplastiques en leur sein. Cette dénomination a un intérêt descriptif évident, mais n'est pas forcément pour autant fondatrice conceptuellement.
Les classifications qui s'opéraient essentiellement en fonction des techniques s'opèrent plutôt maintenant en fonction de concepts qui sont en général plus lié à un "créateur" que les techniques qui sont dans "le domaine public" et je pense que ça change quand même pas mal de choses, mais en admettant que ce ne soit pas le cas, je veux bien reprendre ma comparaison avec le métro pour essayer de la rendre plus claire:
L'originalité (je n'aime pas trop ce terme mais je n'ai pas trouvé mieux) d'une démarche ou d'une oeuvre est une notion relative qui ne peut s'apprécier qu'en fonction de la "densité" du contexte (les heures de pointe ou le wagon vide).
Si je reprends l'exemple de Richard Schilling dont nous avons déjà parlé et au sujet duquel tu as déjà évoqué cette thématique, je ne peux pas considérer son travail de la même façon que celui d'Andy Goldsworthy, quand bien même la maîtrise technique du premier pourrait surpasser celle du second, il y a tout de même à l'heure actuelle assez de place dans les arts-plastiques, et même dans les arts-géoplastiques pour ne pas considérer que son rapport au travail d'Andy est aussi neutre que celui d'un artiste utilisant une toile, des pigments et des pinceaux par rapport au travail de Michel Ange.
Il est selon moi plutôt de l'ordre de celui que quelqu'un qui s'aviserait de structurer une matière noire et épaisse sur une toile pour travailler sur la lumière et l'espace entretiendrai avec le travail de Pierre Soulage.
Je me suis risqué à faire toutes ces distinctions dans mon com précédent, justement parce que je pense qu'il faut pouvoir s'autoriser toutes ces pratiques sans culpabiliser, mais sans non plus se voiler la face. Je les trouve donc opérantes dans cette optique.
C'est pour cela que j'apprécie et respecte à sa juste valeur le travail de Schilling et également son honnêteté intellectuelle.
Je trouve que, de même qu'il est pertinent que les classifications par techniques (Beaux-Arts) s'estompent au profit d'approches plus conceptuelles (dans les arts plastiques) il est intéressant que les rapports artiste-spectateur évolue et puissent s'enrichir de postures intermédiaires sans être plombés par des interdits moralisateurs.
Je pense que sur ce terrain là il y a un sacré boulot à faire, en particulier pour des gens comme toi et Marc Pouyet car vous évoluez à peu près sur tout l'éventail que j'ai balayé (à l'exception des extrêmes évidemment) et participez à faire évoluer les autres par vos actions didactiques.
Je profite du parallèle que tu as provoqué en introduisant Fulton dans cet article, pour rebondir sur les hypothèses théoriques que tu avances.
"Nous pensons que c'est un peu la même chose avec l'art dans la nature. Il explose depuis un demi siècle mais il aurait pu apparaître bien avant. mais voilà, nous n'étions pas en mesure d'imaginer pouvoir le faire."
L'art dans la nature existe depuis que l'homme est homme. Même chose pour l'expérience artistique ou mystique de la marche.
Ce qui est récent en revanche, c'est d'avoir trouvé les moyens matériels et conceptuels de faire rentrer dans le monde de l'art, ce qui n'est pas rien même si c'est déjà beaucoup plus trivial...
Ce qui m'amène à considérer que des artistes comme Fulton ou de vries ont surtout fait des avancées d'un point de vu social. De vries en parle très bien lui-même et est très clair la dessus. Il distingue son rapport à la nature (artistique) de son boulot d'artiste (social) qui est de nous inciter à faire comme lui. Fulton fait le même distinguo entre l'expérimentation (la construction invisible) et les "artworks" objets d'échange et de transaction.
Marc Pouyet et toi êtes très attachés à l'aspect transmission, mais selon moi sur un autre registre.
Dans l'état actuel, vous êtes plus des passeurs entre l'objet artistique et le spectateur qu'entre l'expérience artistique et le spectateur.
Je réalise en écrivant que c'est cela qui sous-tend la plupart des remarques que j'ai pu formuler à propos de "land art en famille".
Si je reprendq ta référence aux impressionnistes il me semble que vos "actions didactiques" s'attachent à donner envie de peindre, voir à donner envie d'explorer la façon de peindre la lumière, plus qu'à donner envie de s'immerger dans la lumière.
Il convient de tempérer et relativiser ce que je viens d'écrire, je n'ai pas la science infuse, et ne suis pas trop sûr de ce que j'avance... mais je suis persuadé que compte tenu de tes problématiques personnelles, tu ne peux pas faire l'impasse sur ces réflexions.
Je me risque à avancer une hypothèse que vous aurez l'amabilité de prendre avec de pincettes (mais de commenter abondamment):
On dit des artistes du Land Art qu'ils ont fait sortir l'art des ateliers et des musées.
Les géoplasticiens, ne seraient-ils pas ceux qui ont trouvé les moyens de faire entrer dans les musées, "l'art dans la nature" qui existe depuis que l'homme est homme?
tu es en plein dans le mile et effectivement je ne peux me passer de ces réflexions. Et je suis d'accord sur cette phrase : "Si je reprend ta référence aux impressionnistes il me semble que vos "actions didactiques" s'attachent à donner envie de peindre, voir à donner envie d'explorer la façon de peindre la lumière, plus qu'à donner envie de s'immerger dans la lumière." C'est pour cela que les initiations sont comme des cours de peintures et non comme des immersions qui tendraient à vouloir faire toucher du doigt l'expérience artistique. Il pourrait y avoir dans ma réflexion trois axes : mon expérience, la façon de la faire partager par différents médiums (expo, photos...) et initiation. Trois choses assez différentes mais que je ne peux séparer. Et j'en reviens à l'initiation qui effectivement peut provoquer certaines critiques quant au respect de la nature si elle se place d'un point de vue purement pédagogique et non partage d'expérience. Et c'est là une bonne partie de ma réflexion : je voudrais pouvoir lier ces trois axes en un ensemble cohérent.
pour rebondir sur ta dernière réflexion :
je ne sais pas si les artistes récent ont fait entrer la nature dans les musée (je dis je ne sais pas car même un peintre peu faire entrer la nature dans les musées) mais je suis certain d'une chose, ils ont fait sortir les gens qui, depuis que l'homme est homme n'ont jamais été aussi enfermé qu'aujourd'hui et déconnecté du réel. Pour ma part, il n'est pas question de musée, ni de galerie d'expo, il est question du dehors. Et pas que pour moi mais du dehors pour tous!
"Les géoplasticiens, ne seraient-ils pas ceux qui ont trouvé les moyens de faire entrer dans les musées, "l'art dans la nature" qui existe depuis que l'homme est homme?"...ou le monde de l'art n'est-il pas entrain de comprendre qu'il existe encore de multiples expressions encore si peu considérées comme artistiques parce qu'elles ne sortent d'aucune académie...l'art reprend sa vraie nature!!...sa liberté,son instinct,sa fonction...celle de nous ouvrir les espaces invisibles de la vie par l'expérience du vivant...la nature est le meilleur maitre !
Attention, je ne dis pas que les géoplasticiens on fait entrer la nature dans les musée, mais qu'ils ont fait entrer "l'art dans la nature" dans les musée.
Toute mon hypothèse tient dans cette nuance.
Certes certains peintres ont fait entrer la nature dans les musées, mais la peinture y était déjà.
Quand à dire que ces artistes ont fait sortir les gens... je ne serai pas aussi catégorique.
Je n'ai pas vu beaucoup de marcheurs au vernissage d'Hamish Fulton et bien peu d'admirateurs d'Andy sont allés voir ses réalisations in situ.
PS: le mot de vérification cette fois était "corbu"
De mon point de vu, ils ont fait entrer les gens dans les musées, les galeries, les cinémas et dans les bouquins ou devant les écrans (ce qui est du même ordre) pour leur parler du dehors...
Même si cela donne ensuite au gens l'envie d'aller dehors, et même si c'est dans certains cas effectivement leur objectif, je trouve abusif de dire qu'ils ont fait sortir les gens dehors.
J'irai même jusqu'à dire que ce qui fait leur succès, c'est justement qu'ils te communiquent l'impression du dehors sans même que tu aies à bouger le cul de ta chaise.
Ce qui rejoint l'interprétation de ton prof que je me risquerai à transposer en disant: ils apparaissent maintenant parce que ce qui caractérise notre époque est effectivement d'être déconnectée du réel... tout en ressentant le besoin d'être connecté au réel. L'illusion du dehors sans sortir.
Bien sûr un bouquin d'Andy donne envie de sortir pour éprouver la sensation de la pluie... mais il permet avant tout de faire resurgir en toi l'impression de la pluie sans que tu aies besoin de te mouiller.
Je suis d'accord Flo.
Mais il n'est dans tout cela pas uniquement question de l'activité artistique en elle-même... il y a un aspect social...
Il y a sans doute des tas de gens qui pratiquent des activités artistiques sans qu'on le sache, et même dans certains cas sans en être conscients.
Cela pose évidemment d'autres questions:
Est-il nécessaire d'avoir conscience de pratiquer une activité artistique pour que ce soit de l'art?
Est-il nécessaire de rendre l'activité communicable pour que ce soit de l'art?
Je n'ai pas de réponse dans l'absolu et je pense que ce n'est pas l'objet central de nos questionnements du moment.
Par contre, ce que je constate, c'est que les artistes dont on parle sont caractérisés par le fait qu'ils ont réussi à faire entrer leurs expérimentations artistiques dans le cadre de ce qui est socialement considéré comme de l'art plus qu'ils n'ont modifié ce cadre.
Ce qui permet à Amish Fulton de dire: Bien sûr que c'est de l'art! Je suis artiste (reconnu socialement comme tel) donc ce que je fais c'est de l'art!
Je me traîne d'ailleurs depuis un moment la réflexion suivante:
Un artiste est certainement quelqu'un qui élargit les horizons... mais par rapport à tous les gens qui peuvent faire des expérimentations artistiques et les éventuellement les partager, un artiste (au sens social) est quelqu'un qui est capable de réduire, élaguer, résumer ces expérimentations pour les rendre iconiques et en faire des objets artistiques supports d'échanges et de transactions.
En simplifiant: c'est une chose d'avoir des idées, encore faut-il pouvoir trier, élaguer, sélectionner pour en tirer quelque chose d'exploitable dans le monde de l'art.
Pour ma part, je considère que ma pratique relève d'une espèce d'état intermédiaire entre artiste et spectateur.
Mes expérimentations me permettent de mieux explorer et comprendre les travaux des artistes que j'admire. Ceux-ci modifient ma perception de mon environnement et enrichissent mes propres productions. Mes travaux peuvent servir de supports de discussion avec d'autres...
Cet état intermédiaire donne beaucoup de libertés, il permet de faire des "gammes", du "à la manière de"..., il ne met pas la pression sur la nécessité de trouver sa propre expression, mais peut permettre d'acquérir les savoir-faire nécessaire à sa propre expression... Il permet de se rendre compte à quel point les bons sont bons, même quand on pense à priori qu'on pourrait faire pareil...
Je ne revendique pas un "statut social" pour cet état intermédiaire puisque justement ce qui fait son intérêt est qu'il n'en a pas besoin.
Il nécessite simplement de passer à l'acte... et ça, ça change la vie.
Nous vivons trop souvent avec le diktat de la fin justifiant les moyens alors qu'on peut fort bien taper dans un ballon sans devenir footballeur, jouer de la musique sans devenir musicien, expérimenter l'art sans devenir artiste...
Pourquoi l'alpiniste gravit-il la montagne? pour grimper! Pour l'expérience de l'ascension.
Je pense en outre que plus il y aura de spectateurs-pratiquants comme moi, plus il y aura d'opportunités de reconnaissance (sociale) pour les artistes pro dont Flo et David (bientôt)
et dire que certains pensent que l'architecture est un art :-)):-)):-))
Franck, tu m'as fait quelques fois la réflexion que je mettait un "H" majuscule à herman de vries, tu pourrais m'imiter en mettant un "H" à "Amish Fulton"! :)) ;D
David
C'est tout ce que ça vous inspire mes réflexions "de la mort qui tue"?
Bien sûr que l'architecture est un art, Manu, même si ce n'est pas exclusivement cela.
A ce propos, il y a beaucoup de constructions, y compris certaines réalisées par des architectes, qui ne sont pas de l'architecture.
mais non ça nous fait cogiter à mort, mais faut juste le temps de digérer. En plus de ça je me délecte des créations de David cette semaine (même si je ne commente pas). ce que tu dis est très intéressant mais j'ai peur qu'en en ajoutant encore une couche, je finisse par me perdre dans les méandres de mon esprit. Disons que comme tu le dis souvent, les modestes contributions que je fais en art me suffisent et c'est déjà pas mal. Et pour ma part, dans mon avant avant.... dernier com (celui où je parle de mes trois axes de réflexion) je me suis lancé dans une piste de réflexion justement qui me triture la cervelle. Donc faut juste que je dorme dessus. Mais pour ce que tu dis quant à ta position intermédiaire je ne sais pas où je me situe. je ne suis pas artiste PRO mais en même temps je me prend pas mal le choux,... bref ce ne sont que des considérations formelles pour moi et je n'aime pas bien distinguer qui est artiste ou qui ne l'est pas. Et comme je l'ai souvent dis (mais je sais que personne n'est d'accord avec moi) tous le monde est artiste, ou du moins peu l'être à un moment donné, sans pour cela devoir passer par la case "inscription à la maison des artistes". Ce n'est qu'une question de point de vue et de la façon dont on reçoit les choses à un moment précis. Il y a un an Laib ne me touchait pas et il n'avait pour moi d'artiste que le nom (ou le statut social disons) et je trouvais presque qu'il pouvait être un imposteur. Il ne suffit pas que l'on dise de quelqu'un qu'il est artiste pour que je trouve qu'il le soit. Et puis depuis un mois ou deux je suis à fond dedans et il me touche réellement. Je ne devais pas être prêt. Voilà tout.
C'est très intéressant mais aussi très consistant donc pour intervenir dans votre discution qui finira par être un monologue (rire), il faut pouvoir passer du temps pour écrire un message. Déjà que je n'y arrive pas avec mon blog alors s'il faut que j'écrive 20 lignes sur tout ceux que je suis, je passe ma journée sur internet.
David
Traditionnellement, il y a les artistes comme Laib, Fulton, Flo... et les spectateurs, parfois collectionneurs... et à côté de cela, il y a les amateurs, les artistes du dimanche.
Ce qui m'intéresse et me concerne c'est de considérer artiste et spectateur non pas comme deux états totalement disjoints, mais comme les deux extrêmes d'un continuum dans lequel pénètre quiconque passe à l'acte sans avoir pour autant besoin de revendiquer le statut d'artiste.
Combien de gens n'osent pas passer à l'acte ou s'auto-censurent simplement parce qu'il considèrent que passer à l'acte c'est se prendre pour un artiste?
Quand j'opère dans la nature et qu'un promeneur me demande ce que je fais, je dis "pudiquement" que je m'amuse...
Nous, nous évoluons dans cet entre-deux qui recèle d'énormes possibilités de création, d'expérimentation, d'échange.
Tantôt je suis le spectateur des travaux dont tu es l'artiste, tantôt c'est l'inverse, parfois nous échangeons des expériences même pas finalisées.
Ce que j'éprouve en regardant ton travail est étroitement lié à mes propres expériences, et je sais que mes travaux n'évoquerons pas la même chose chez toi que chez ma boulangère... Certaines de nos productions ne prennent leur vrai dimension que grace à ce que Flo y projette...
Il y a de la place pour l'art en tant que pulsion vitale, et pour tous entre le statut d'artiste et celui de spectateur.
Je pense que les rapports entre les hommes y gagneraient si plus de monde faisait le pas et ne restait pas bloqué sur le seuil à cause d'a priori.
C'est bel et bien vos interrogations sur le rôle de l'initiation à l'art qui provoque chez moi ces réflexions... je pense que vous avez une place de choix à trouver là-dedans.
je viens de rentrer de Bastia...je vous lis donc et essaye de faire le tri dans ce questionnement...qui n'est autre que mon propre questionnement...
déjà,je te remercie Franck de me positionner au côté de Fulton ,Laib...qui sont des artistes émergeants au statut social non seulement affirmé mais surtout confirmé!...ce qui n'est pas mon cas...même si j'opère comme si ça l'était,avec toutes les difficultés consécutives à cette absence d'assurance,d'aide, de soutien...mais peut-être une certaine liberté en plus,celle de ne dépendre que de moi-même...le statut d'artiste donc semble n'être qu'un nom pour définir des actes...ses actes ensuite se régénèrent de multiples manières dont la reconnaissance sociale qui apporte une légèreté ,une aisance déjà financière qui doit tranquilliser l'auteur...mais il y a tant d'autres facteurs qui fertilisent l'imaginaire que l'on ne peut réduire la reconnaissance sociale à une finalité dans l'expression.
moi,sur ma route,je vous ai croisé virtuellement peut-être mais l'impact est bien réel. Vous ne pouvez même pas imaginer à quel point votre contact a été et est un booster d'envie et de qualité bien plus puissant que ne le serait une expo qui a bien marché où tu as vendu quelques oeuvres et reçu des compliments parfois sur évalués!
cette permanence de contact, cet intérêt commun, cette intensité de la réflexion,cette énergie partagée vaut toutes les reconnaissances aléatoires.Toutes vos questions sont mes questions et je reste persuadée qu'elles sont celles de Fulton, de laib et des autres que vous aimez...
Moi ,je suis arrivée à un stade qui me fait penser que je ne peux être ailleurs que là où je suis,et que je suis ici pour quelque chose de précis qui s'éclaire au fur et à mesure de mon épanouissement dans la vie...je ne sais pas encore où celle-ci veut me mener mais j'alterne entre résistance à ce courant intérieur et lâcher-prise qui m'amène à accepter mon rôle et à l'assumer...
Moi aussi,longtemps et encore maintenant j'ai qualifié mon travail de jeu,de bricolage pour éviter de me sentir juger certaines fois, d'autre fois pour ne pas mettre de distance et créer un flou ds lequel te jette tjs le mot "art", "artiste"...je ne veux pas que l'on m'enferme dans une image qui a tant de représentations mais qui est tellement souvent réduite à marginalité, excentricité, bizarrerie... alors que je ne me sens pas du tout bizarre ni dans ce que je produis artistiquement,ni dans ce que je vis tous les jours, ni dans ce que je pense...
Des échanges ,comme nous les avons sont fructueux aussi bien pour moi, car notre langage est commun et que ça fait du bien de rencontrer les siens comme qd on rentre à la maison et que l'on retrouve ses frères et soeurs...on est pas tenu de garder son masque...que pour vous je crois car ils précipitent et accélère des envies latentes...quelques soient nos certitudes du moment quant à nos mode d'expressions.
Tu as vu Franck, comme le regard de Fulton s'est éclairé quand il a senti une vraie réception, des vraies questions...il t'a demandé si tu étais toi-mm artiste..c bien là un signe de reconnaissance !...
Moi je vous reconnais tous et je ne pourrais me passer pour l'heure de nos relations!
:-)
Un artiste pro est avant tout un artiste m'est qui vie de sa production. Je ne vois pas de différence entre le faire en dilettante ou le faire pour vivre. C'est avant-tout un état d'esprit ou une ouverture d'esprit.
Pendant longtemps et encore un peu maintenant, suivant les personnes a qui je m'adresse, j'évite de dire que je veux devenir artiste. Les gens ne comprennent pas qu'avec un BAC PRO de menuiserie et un master d'architecture, j'ai l'envie de devenir artiste. Quelqu'un m'a dit récemment qu'ils connaissait bien les artistes, c'est ceux qui font la fête régulièrement et qui fume des pétards. C'est pour dire.
Il y a une grande majorité de la population qui s'en fout royalement de l'art et qui préfère dire "moi-aussi, je peux le faire" en regardant la télé de leur salon. Je peux me tromper mais je crois que ce n'est pas demain la veille où l'on verra des milliers voir des millions de personnes pratiquer cet art dans la nature. Et puis, on oublie tout ceux qui le pratique mais qui ne sont pas près à quitter leur atelier pour aller se confronter à la nature.
Je pense aussi qu'Emmanuel doit trouver sa place dans ce créneau mais qu'il ne fera pas changer toutes les mentalités. Les fleurs des champs ont encore de beaux jours devant elles, il n'y aura pas tout de suite un sur-ramassage qui épuisera la ressource.
David
Etre un artiste pro c'est de mon point de vue avant tout une question d'engagement personnel.
Cela n'a rien à voir avec la qualité artistique, même si la qualité artistique peut avoir une incidence sur la reconnaissance et le niveau de vie de l'artiste.
Etre un artiste pro c'est aussi gérer un tas d'aspects para-artistiques: l'image, la notoriété, la carrière, l'argent...
C'est un vrai métier!
Etre un artiste pro c'est laisser planer du mystère, mystifier un peu, garder ses petits secrets, faire attention à ce que l'on rend public pour ne pas traîner de casseroles...
Etre un artiste pro c'est assumer un statut: "je suis un artiste donc ce que je fais est de l'art"
Etre un artiste pro c'est avoir franchi le pas que David s'apprête à franchir... ce n'est plus lancer des bouteilles à la mer au cas où... on ne sait jamais... une opportunité se présenterait. Il faut du cran.
Ceci étant je ne suis pas un artiste pro et ce que j'en dit correpond sans doute plus à l'idée que je m'en fait qu'à la réalité.
S'intéresser à l'art, collectionner pour le plaisir (et pas pour se soustraire à l'ISF) c'est déjà pas mal pour son épanouissement personnel et son ouverture culturelle. Passer à l'acte c'est encore mieux, c'est à la portée de tout le monde et chacun peut trouver le mode d'expression qui lui convient, et ce si ce n'est pas le cas il peut lui même le créer... Il n'y a même plus besoin de savoir dessiner! (et là ce coup-ci, je sais de quoi je cause) Ceci ne veut pas dire pour autant que tout se vaut... simplement que toute expérimentation artistique mérite d'exister. Cela me semble aussi indispensable que de savoir écrire ou compter. Et il me semble qu'on vivrait mieux si c'était plus banal, moins élitiste ou moins marginal selon les cas.
Il me semble également que les expérimentations artistiques interagissent entre elles, au moins par empathie. Tu n'a absolument pas le même regard sur une oeuvre quelle qu'elle soit lorsque tu t'es toi même impliqué dans un projet quel qu'il soit.
Dans tous les champs ouverts par l'art et ceux qui restent à ouvrir, il y a assez de place pour que tout le monde n'utilise pas les petites fleurs. C'est pour cela que je pense qu'initier au "landart" comme on enseigne le dessin ou la peinture, en ramenant cela à une simple technique artistique, c'est louper une occasion de faire que la landartitude ne soit pas qu'une sensibilisation aux rapports de l'homme à la nature, mais également aux ressources artistiques spécifiques que chacun porte en lui-même et qui font de lui un être unique.
encore deux superbes commentaires.
Flo : cette déclaration me (nous) touche réellement et je dois avouer que depuis ces quelques mois où nous échangeons tous, mes horizons se sont réellement élargis. Je ne reviendrais en arrière pour rien au monde.
Franck : Pour ce qui est de l'initiation, je compte bien pousser ma réflexion dans le sens que tu indique ici car effectivement il ne peut être question uniquement de protection de l'environnement et de cours de dessin.
Je pense que ce qui se passe sur vos blog est une forme d'expérimentation artistique.
Nous utilisons un medium immatériel, nous échangeons des concepts abstraits, nous manipulons des images et produisons concrètement in situ.
Il y a parmi nous des artistes, des futurs artistes, des spectateurs, des amateurs...
Nos rôles respectifs évoluent suivant les cas et les circonstances. Nos visions des choses et nos productions évoluent à partir d'idées et d'expérimentations qui ne sont pas forcément les nôtres.
Nous ne constituons pas pour autant un mouvement ou une école de pensée.
Chacun de nous garde et même renforce sa propre autonomie.
Chacun de nous découvre renforce et approfondit ses propres spécificités et sa propre identité.
Nous n'avons aucune obligation les uns envers les autres, c'est totalement ouvert à quiconque souhaite s'y intégrer régulièrement ou ponctuellement, du simple coup d'oeil au monologue de trois pages... et ça s'arrêtera si l'envie n'est plus là.
Je réalise que ce que nous expérimentons se situe exactement dans le "continuum" que je m'échinais laborieusement à essayer de décrire dans mes com précédents.
Est-ce que ça vous parle vu comme ça?
@David,
Je pense avoir déjà évoqué mes expériences "pionnières" en Vélo Tout Terrain...
Jamais je n'aurai pu imaginer qu'un jour on pourrait se prendre un PV pour avoir roulé hors d'un sentier prévu pour! Et en plus je suis forcé de reconnaître que c'est justifié, il en va réellement de la préservation de l'environnement.
Le "Géoplastic Parc" n'est peut-être pas pour dans si longtemps...
"Chacun de nous garde et même renforce sa propre autonomie.
Chacun de nous découvre renforce et approfondit ses propres spécificités et sa propre identité."
Voilà résumer et condenser à la perfection le résultat de ces rencontres artistiques et échanges tous azimut sur nos blogs et galeries respectifs!
Il n'y a pas de concurrence ou de rivalité entre nous même dans les désaccords .,il y a bcp de confiance et de stimulation et ça c'est très sain et épanouissant.
une alchimie positive!
peut-être qu'un jour nous ferons une expo commune avec encadrés et sous verre des extraits imprimés de nos blogs respectifs qui vaudront le prix de la feuille de Fulton...
Ce jour là nous serons rentrés dans le rang...
Je n'ai rien contre...
Mais j'ai au moins autant d'émotions et de réflexions artistiques ici que dans les galeries.
Ce qu'un gars comme moi, qui a un métier, qui ne cherche pas à devenir artiste pro, qui est spectateur mais qui passe aussi à l'acte, découvre en se moment, c'est que cet état intermédiaire fluctuant est totalement satisfaisant, sans pour autant qu'il soit nécessaire qu'il débouche ou se cantonne d'un côté ou de l'autre.
Cette expérience peu constituer une fin en soi.
C'est un type d'expérience qui pourrait permettre à des tas de gens de s'épanouir dans des tas d'autres registres.
C'est un type d'expérience artistique qui peut s'épanouir grâce au web... une sorte de "réalité augmentée" plutôt que de "réalité virtuelle" (sic).
J'ai le sentiment que nous utilisons les outils du web comme David a utilisé les gravats de la décharge pour faire son ovoïde.
Ce que nous ferons...Dieu seul le sait!..n'est-ce pas franck !:-)
Ce que nous avons envie de faire et pouvons faire,pour l'heure est largement supérieur à ce que je pensais trouver par le biais de cet outil qui effectivement loin de m'éloigner de mon environnement me pousse à l'explorer avec plus de finesse,de justesse,de plaisir,d'émotions,de créativité aussi et m'amène à réfléchir d'une manière nouvelle à la façon de faire sortir cette créativité de son unique représentation...le blog! démarche personnelle ou conjugaison de nos talents ...les choses viendront ou non quand elle seront évidentes et nécessaires pour tous peut-être...
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